jeudi 8 février 2018

LA TOILE, Sandra Lucbert. (à propos de...)


« […] nos usages d’internet, à les observer en s’en extrayant temporairement, ont tout de symptômes collectifs d’une pathologie encore peu déchiffrée. Que dire de l’extrême écart entre la mise à disposition de connaissances et la circulation ininterrompue de contenus nuls ? Que penser de l’étrangeté du nouvel agencement social qui s’observe sur les réseaux, où la codification extrême d’échanges lapidaires, comme dans les salons du Grand siècle, cohabite avec l’expression sans orthographe du narcissisme le plus déboutonné, des opinions les moins partageables, en un mot, avec tout ce que La Rochefoucault, justement, démontait implacablement dans ses aphorismes ? Comment comprendre enfin que partout, tout le temps, s’impose l’urgence d’en être, d’intervenir, de rester dans le flux, de compulsivement tripoter claviers et écrans qui n’apportent pourtant qu’un vide douloureux et la nécessité de recommencer ? Si l’on résume : une attitude collective incompréhensible, mobilisant un haut niveau de pulsionnalité et s’autorisant d’une morale peu claire. On peut presque dire que je me suis donc demandé, à l’instar de Freud à propos des névrosés dans Introduction à la psychanalyse: « Par quels motifs et par quelles voies peut-on avoir une attitude aussi désavantageuse à l’égard de la vie ? ». On connaît son protocole d’enquête ; la littérature m’offrait d’autres moyens d’investigation. »

Extrait du making-off de Sandra Lucbert à propos de La Toile, éd. Gallimard, à lire ici sur D-Fiction.

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