vendredi 6 novembre 2026

NEBULEUSE, Louis Frahan, Chroniques du Microcosme I (parution).

 

"Les plus vieux gamins du village ont sculpté des galettes de bouse sèche en forme de cœur pour les offrir aux filles à l’ombre des croix du cimetière afin qu’elles puissent sentir la mort leur glisser le long des bras comme un souffle étrange qui s’emparerait bientôt de leurs mains pour les fermer l’une sur l’autre. Perché sur le mur du cimetière il les a vus et alors il s’est caché puis les hommes sont sortis de la cuisine de la ferme et ils lui ont dit Viens ! C’est l’heure d’aller tuer le cochon…" 



En accès libre et GRATUIT aux formats PDF et e-Pub ici: https://skandalon-ed.fr/


jeudi 29 octobre 2026

KANDY-RUSH-HOUR

 



Temple de la dent de Bouddha de Kandy - sur l’ancienne île de Ceylan- à la lumière des chandelles, la musique entêtante, ritournelle autistique, procession ininterrompue de milliers de pèlerins venus des quatre coins du monde tantrique pour approcher à l’étage l’autel de la relique, le divin-chicot

une fresque horizontale fait le tour du mur intérieur où l’on peut voir, parmi les différentes phases de l’éveil de Bouddha se greffer des représentation astrologiques et des divinités hindous, dans une sorte de narration syncrétique continue de scènes de batailles ponctuées de figures récurrentes, comme ces hommes à tête de lion, d’éléphant, de cochon sauvage, ou encore  de panthère mêlés aux humains peints de profil, dans la pure tradition indienne de Bhârhut, tous brandissant des lances ou des glaives, nous les suivons… 

 


entamant les premières marches pour l’ascension mystique par-dessus les chandelles, par-dessus les torches, par-dessus les fumerolles des bouquets d’encens, dans la lumière d’or, au milieu des bombardes, au milieu des gongs, parmi les autres pèlerins venus des quatre coins du monde tantrique dans l’espoir d’approcher nous aussi le divin-chicot


canine supérieure gauche qui échappa par miracle à l’attentat suicide au camion piégé commis par les Tigres Noirs de la Libération de l'Îlam Tamoul, les grands défenseurs de la caste laïcisée des coupeurs de thé. C’était un matin de janvier, dans la calme lumière de l’éveil du jour de l’indépendance, à 6h10 très exactement… Quatre-cents kilos d’explosifs – un vrai miracle…

Extract from : KALEÏWOLDSCOEP (à paraître...)

mercredi 21 octobre 2026

GENIAL et GENITAL, Soth Polin.

 
 
GENIAL et GENITAL. Soth Polin. Recueil de nouvelles traduit du khmer et présenté par Christophe Macquet

112 pages / 13 x 18 cm / dos carré collé. Couverture à rabats (fresque anonyme cambodgienne) isbn : 978-2-912528-23-0 / éditions le grand os / collection Poc ! parution : 21 septembre 2017 

12 € (+ 1,50 € de frais de port) 

MEKONG DELTA



vendredi 16 octobre 2026

MEKONG KARMA

 

MÉKONG-KARMA

 

Longue phase de catatonie dans l’apesanteur rythmique de l’anti-capitale asiatique : Vientiane l’endormie, percluse du sommeil d’un Bouddha christianisé dans un infini dimanche aux odeurs d’encens et de vase refluant du Mékong. Nous venons de découvrir un fossile colonial traversé par quelques véhicules motorisés sous la coupole de Non-Matière qui lui sert de ciel : l’essence réelle du léthargique vacuum.

 

Sur la rive opposée les cuisines de l’enfer de l’Isan font un bruit de taules et les vapeurs lacrymogènes des piments oiseaux font pleurer de jeunes vierges aux yeux d’amande… Et nous voguons sur le sampan du temps, dans la lente dérive d’un fragment d’Héraclite saturé de limon, la liquéfaction boueuse des jours, des heures, des minutes martelées par des moines bouddhistes sur une horloge universelle datant de l’âge du bronze…

 

Les oiseaux nocturnes

Quittent les buissons par milliers

Et le bateau dérive

Vers où les nuages ​​s’envolent…

 

Passée la frontière du Cambodge, des rescapés de la folie khmère s’amusent à effrayer les occidentaux en s’empiffrant à pleines mains de mygales bien vivantes.


Deux pagayeurs, capitaines de ce sampan, fixent autour d’eux l’eau terreuse comme s’ils cherchaient l’or du soir en le séparant, avec le tamis des yeux, de l’ocre emporté vers la mer des quartzites arrachés au plateau tibétain. Nous nous dirigeons vers Long Xen… Mais qui sont ces gens le long des rives, immobiles telles des fleurs fanées?

 

Ce n’est pas le vent qui te pousse

Sur cette rivière vide.

Ce n’est pas non plus l’eau qui te porte

Où les nuages s’envolent.

 

Les acteurs en masques et costumes d’un théâtre Viet-Nuo attendent à quai pour la pantomime sous une rangée de palmiers à sucre. Nous avons pour sûr définitivement quitté le Kampuchéa ! Une succession de cris donnent du corps à de brèves scènes de batailles dans lesquelles quelques rebelles annamites, aidés de leurs démons grimaçants, tiennent tête aux envahisseurs de l’Empire du Milieu, du Siam, de Corse et d’Oklahoma.

 

Les matelots descendent la soie

Pour suivre au mieux le rythme

De ce chant dont les paroles résonnent

Encore sur la rivière des songes.*

 

Et nous voguons sur le sampan du temps, dans la lente dérive d’un fragment d’Héraclite saturé de limon…

 

Des botanistes avec des idées très claires en tête semblent avoir fait arraser dix mille hectares de jungle à l’embouchure du Delta pour en faire un jardin à la french. Les pelouses sont bien tondues, d’un vert bouteille recouvert de verni – ça sent à plein nez le désherbant avec des relents de moutarde, de térébenthine, de souffre et d’essence de citronnelle – quelque chose comme l’odeur inimaginable de l’agent orange.



Extrait de Kaleïworldscope, G.MAR (à paraître)

*  Mong chờ (Hoàng Oanh 1975)

A écouter ici : https://www.youtube.com/watch?v=8615VzZ69aE