mardi 22 septembre 2026

NAM KGOY, Léo Wyjniewski, Skandalon-Ed° (Publication)

 


« Pour les autres tribus nous sommes les Lan Tiên, ceux qui tissent et teignent les tissus à l’indigo, mais pour nous nous sommes les Yao Moun : ceux qui viennent des forêts, connaissent le nom des arbres, le bruit de l’eau dans chaque rivière, les différents noms du vent quand il s’ébroue dans les branches ou lèche les feuilles sèches au sol. Nous parlons le Kim Moun. La langue de la Nature. Les noms des choses sont le bruit qu’elles font quand elles parlent, et quand nous ouvrons la bouche nous les écoutons. »

 

Présentation

Nam Kgoy de Léo Wyjniewski est un récit photographique et poétique immersif situé dans un village isolé des montagnes du nord de l'ex-Indochine. Au cœur d'une sécheresse persistante, la communauté (aux confins des ethnies Hmong et Lan Tiên) cherche des réponses à son malheur et désigne comme bouc émissaire la jeune Nam Kgoy, née avec une jambe atrophiée. Construite sous forme de litanie polyphonique, l'œuvre croise la parole singulière de la fillette — en prise avec les esprits de la forêt —, les angoisses rituelles des villageois et le regard extérieur de l'administration et des ingénieurs. Les photographies en noir et blanc, rugueuses et contrastées, capturent la poussière du quotidien, les regards et la rudesse des lieux. Au-delà du drame intime et des croyances chamaniques, le livre dépeint la fin annoncée d'un mode de vie ancestral, menacé d'engloutissement par de gigantesques projets hydroélectriques. C'est une chronique poignante sur la différence, le choc des cultures et la disparition des mondes premiers.


Accéder gratuitement au texte en version PDF et e-Pub:

https://skandalon-ed.fr/


NAM KGOY, Extraits.




jeudi 17 septembre 2026

LE CHANT DES MIAO, Skandalon.Ed° (parution).

 



« L'incantation est arrivée ici. Elle s'adressera à la langue. Elle s'adressera à la parole. Elle s'adressera à la maladie. Elle s'adressera aux gémissements. Elle s'adressera à la mort et à la destruction. Si vous la chantez sur la montagne, la montagne tombera. Si vous la chantez sur la pierre, la pierre se brisera. Je la chante en regardant vers l'endroit où le soleil se couche. Je la chante vers l'endroit où le soleil traverse la montagne. Je la chante vers l'endroit où la lune se couche. Je la chante vers l'endroit où souffle le vent. » Les chants exorcistes et funéraires des ethnies minoritaires du sud-ouest de la Chine, réunis dans ce volume, possèdent leur imaginaire et leur poésie propres. Mais ils traduisent aussi une réalité, celle d’une forme d’humanité animiste, sans écriture et strictement agraire refoulée par les pouvoirs dominants et leur conception du progrès jusqu’aux sommets des montagnes dont les rites, perpétués malgré l’oppression millénaire, sont les véhicules d’une résistance au processus de leur assimilation.

Traduction en accès gratuit sur:

https://skandalon-ed.fr/


mardi 25 août 2026

SKANDALON-Ed parutions: Jules Boissières, FUMEURS D'OPIUM


En accès GRATUIT sur

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Jules Boissière (1863-1897) compose les textes réunis sous le titre Fumeurs d’Opium à une époque où fleurissent les grands écrivains voyageurs français (souvent des militaires de carrière). Époque de ‘’missions civilisatrices’’ portées par de grandes figures gouvernementales comme Jules Ferry, dont ces écrivains, tout en y participant activement, témoignent à divers degrés de l’absurdité et de la cruauté qui leur sont afférentes ; quand d’autres littérateurs, portés par l’air du temps, en enjolivent sans nuance l’idéologie par les « multiples splendeurs de l’exotisme de nos colonies » en truffant leurs récits d’éléphants et de chasses au tigre – ce qui n’était pas pour déplaire à l’imaginaire des foules friandes de Grandes Expositions Coloniales et leurs zoos humains.

*

Nous ne sortirons plus de la forêt ; – la sombre forêt indéfinie qui s’étend du Delta tonkinois à l’immensurable et flottante frontière du Kouang-Si, nous n’en sortirons plus jamais; nous sommes marqués pour y mourir. Mourir, ce ne serait rien encore; et longtemps j’ai vécu et bataillé sans y songer, car toujours, avant cette heure, je fus, d’instinct comme de raison, convaincu et satisfait de la nécessité du repos définitif après la vie terrestre. Mais, depuis que j’ai fumé l’opium dans la forêt, je doute, et j’ai peur de mourir, pour ce qui peut advenir ensuite. Je comprends tant de choses dont je ne soupçonnais pas même l’existence, aux jours bénis de la certitude ignorante et de la joie ! Je devine tant de volontés et tant d’intelligences éparses dans la matière brute et dans le vent de la nuit ! Hélas ! ce n’est plus pour moi que les vieux arbres sont muets et les minéraux inoffensifs. L’opium m’a rendu si clairvoyant! et parfois je m’en enorgueillis, parce que je suis plus savant qu’autrefois ; et plus souvent j’en souffre, parce que j’ai perdu la quiétude de l’âme. Pour les Annamites, un Génie bienfaisant anime chacun des caractères de la sainte écriture chinoise; - pour moi, derrière tous les êtres que vous jugez privés de conscience et de vie, un mauvais démon s’est caché.

Maudit le jour où, après avoir vainement tenté la fortune dans la vieille Europe, je vins ici, de Hong-Kong, en aventurier joyeux et hardi, pour retrouver de très antiques mines d’or, jadis exploitées par des vivants, et peut-être aujourd’hui gardées par des morts!