«
Pour les autres tribus nous sommes les Lan Tiên, ceux qui tissent et teignent
les tissus à l’indigo, mais pour nous nous sommes les Yao Moun : ceux qui
viennent des forêts, connaissent le nom des arbres, le bruit de l’eau dans
chaque rivière, les différents noms du vent quand il s’ébroue dans les branches
ou lèche les feuilles sèches au sol. Nous parlons le Kim Moun. La langue de la Nature. Les noms des choses sont le bruit qu’elles font quand elles parlent, et quand
nous ouvrons la bouche nous les écoutons. »
Présentation
Nam
Kgoy de Léo Wyjniewski est un récit photographique et poétique immersif situé
dans un village isolé des montagnes du nord de l'ex-Indochine. Au cœur d'une
sécheresse persistante, la communauté (aux confins des ethnies Hmong et Lan
Tiên) cherche des réponses à son malheur et désigne comme bouc émissaire la
jeune Nam Kgoy, née avec une jambe atrophiée. Construite sous forme de litanie
polyphonique, l'œuvre croise la parole singulière de la fillette — en prise
avec les esprits de la forêt —, les angoisses rituelles des villageois et le
regard extérieur de l'administration et des ingénieurs. Les photographies en
noir et blanc, rugueuses et contrastées, capturent la poussière du quotidien,
les regards et la rudesse des lieux. Au-delà du drame intime et des croyances
chamaniques, le livre dépeint la fin annoncée d'un mode de vie ancestral,
menacé d'engloutissement par de gigantesques projets hydroélectriques. C'est
une chronique poignante sur la différence, le choc des cultures et la
disparition des mondes premiers.
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