vendredi 16 octobre 2026

MEKONG KARMA

 

MÉKONG-KARMA

 

Longue phase de catatonie dans l’apesanteur rythmique de l’anti-capitale asiatique : Vientiane l’endormie, percluse du sommeil d’un Bouddha christianisé dans un infini dimanche aux odeurs d’encens et de vase refluant du Mékong. Nous venons de découvrir un fossile colonial traversé par quelques véhicules motorisés sous la coupole de Non-Matière qui lui sert de ciel : l’essence réelle du léthargique vacuum.

 

Sur la rive opposée les cuisines de l’enfer de l’Isan font un bruit de taules et les vapeurs lacrymogènes des piments oiseaux font pleurer de jeunes vierges aux yeux d’amande… Et nous voguons sur le sampan du temps, dans la lente dérive d’un fragment d’Héraclite saturé de limon, la liquéfaction boueuse des jours, des heures, des minutes martelées par des moines bouddhistes sur une horloge universelle datant de l’âge du bronze…

 

Les oiseaux nocturnes

Quittent les buissons par milliers

Et le bateau dérive

Vers où les nuages ​​s’envolent…

 

Passée la frontière du Cambodge, des rescapés de la folie khmère s’amusent à effrayer les occidentaux en s’empiffrant à pleines mains de mygales bien vivantes.


Deux pagayeurs, capitaines de ce sampan, fixent autour d’eux l’eau terreuse comme s’ils cherchaient l’or du soir en le séparant, avec le tamis des yeux, de l’ocre emporté vers la mer des quartzites arrachés au plateau tibétain. Nous nous dirigeons vers Long Xen… Mais qui sont ces gens le long des rives, immobiles telles des fleurs fanées?

 

Ce n’est pas le vent qui te pousse

Sur cette rivière vide.

Ce n’est pas non plus l’eau qui te porte

Où les nuages s’envolent.

 

Les acteurs en masques et costumes d’un théâtre Viet-Nuo attendent à quai pour la pantomime sous une rangée de palmiers à sucre. Nous avons pour sûr définitivement quitté le Kampuchéa ! Une succession de cris donnent du corps à de brèves scènes de batailles dans lesquelles quelques rebelles annamites, aidés de leurs démons grimaçants, tiennent tête aux envahisseurs de l’Empire du Milieu, du Siam, de Corse et d’Oklahoma.

 

Les matelots descendent la soie

Pour suivre au mieux le rythme

De ce chant dont les paroles résonnent

Encore sur la rivière des songes.*

 

Et nous voguons sur le sampan du temps, dans la lente dérive d’un fragment d’Héraclite saturé de limon…

 

Des botanistes avec des idées très claires en tête semblent avoir fait arraser dix mille hectares de jungle à l’embouchure du Delta pour en faire un jardin à la french. Les pelouses sont bien tondues, d’un vert bouteille recouvert de verni – ça sent à plein nez le désherbant avec des relents de moutarde, de térébenthine, de souffre et d’essence de citronnelle – quelque chose comme l’odeur inimaginable de l’agent orange.



Extrait de Kaleïworldscope, G.MAR (à paraître)

*  Mong chờ (Hoàng Oanh 1975)

A écouter ici : https://www.youtube.com/watch?v=8615VzZ69aE


Philip Jones Griffiths: 100 bức ảnh quý giá về Việt Nam năm 1980 Post War

 






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PORTFOLIO COMPLET à CONSULTER SUR:

https://redsvn.net/100-buc-anh-quy-gia-ve-viet-nam-nam-1980-cua-philip-jones-griffiths/


mardi 22 septembre 2026

NAM KGOY, Léo Wyjniewski, Skandalon-Ed° (Publication)

 


« Pour les autres tribus nous sommes les Lan Tiên, ceux qui tissent et teignent les tissus à l’indigo, mais pour nous nous sommes les Yao Moun : ceux qui viennent des forêts, connaissent le nom des arbres, le bruit de l’eau dans chaque rivière, les différents noms du vent quand il s’ébroue dans les branches ou lèche les feuilles sèches au sol. Nous parlons le Kim Moun. La langue de la Nature. Les noms des choses sont le bruit qu’elles font quand elles parlent, et quand nous ouvrons la bouche nous les écoutons. »

 

Présentation

Nam Kgoy de Léo Wyjniewski est un récit photographique et poétique immersif situé dans un village isolé des montagnes du nord de l'ex-Indochine. Au cœur d'une sécheresse persistante, la communauté (aux confins des ethnies Hmong et Lan Tiên) cherche des réponses à son malheur et désigne comme bouc émissaire la jeune Nam Kgoy, née avec une jambe atrophiée. Construite sous forme de litanie polyphonique, l'œuvre croise la parole singulière de la fillette — en prise avec les esprits de la forêt —, les angoisses rituelles des villageois et le regard extérieur de l'administration et des ingénieurs. Les photographies en noir et blanc, rugueuses et contrastées, capturent la poussière du quotidien, les regards et la rudesse des lieux. Au-delà du drame intime et des croyances chamaniques, le livre dépeint la fin annoncée d'un mode de vie ancestral, menacé d'engloutissement par de gigantesques projets hydroélectriques. C'est une chronique poignante sur la différence, le choc des cultures et la disparition des mondes premiers.


Accéder gratuitement au texte en version PDF et e-Pub:

https://skandalon-ed.fr/


NAM KGOY, Extraits.