lundi 15 juillet 2019
dimanche 13 mai 2018
lundi 19 février 2018
vendredi 17 novembre 2017
UN CAMBODGIEN SUR L'AGORA (2)
À propos de Communiquer,
disent-ils. Soth Polin, in Génial et
Génital.
Un
style… une autre langue… un autre esprit… un autre humour surtout (ce dernier
concentrant comme un marqueur indélébile les trois autres hypostases), ce sont sans
doute là les seules armes dont dispose l’écrivain – le faible – contre toute
figure sécularisée de l’éternel
oppresseur aux cent-vingt bras et ses multiples visages. Nous ne pouvons
ici faire l’économie du background historique de l’auteur entré en résistance
face au colonialisme non seulement économique et politique mais aussi, et surtout,
culturel de son pays par l’hydre à deux têtes : la France et les États-Unis,
plus précisément la France culturellement subsumée par le leadership étatsunien exercé
sur les pensées et les mœurs depuis l’entre-deux
guerre, qui aura donné lieu à cette ingérence impérialiste dans l’économie des
cerveaux floqués d’un drapeau bleu blanc rouge serti des 50 étoiles de
l’orgueil mondialisé sur cette partie d’Indochine, sans parler des Rouges qui
guettaient à la porte de l’ancien royaume de Kampuchéa pour mieux l’inciter à
se déchiqueter de l’intérieur, dès que Shiva aura quitté les lieux… C’est que le
monde, tel qu’il s’est dessiné entre les deux guerres, et les esprits avec lui
– ce n’est pas un secret – nous vient d’Hollywood, grand colporteur de l’idéologie
mono-triomphante au mépris des petites (et des grandes) différences, en
plastifiant les cerveaux. On conviendra que le cinéma soit un formidable
passeur d’idéologie et que ce n’est pas pour rien que les films hollywoodiens,
hissant ses égéries au rang de déesses et de dieux d’un nouveau panthéon, ont
été interdits en URSS, ses dirigeants préférant donner en pâture au peuple
nos guignols franchouillards de Saint Tropez, atteints de tiques irrépressibles
du visage, aux bombes à retardement de la beauté ravageuse et des poses qui en
disent long sur la manière d’être un vrai homme (ou une belle salope). Résistance
des petits face au monde culturellement homogénéisé donc, dans lequel il
n’existe pas de place pour d’autres formes de discours que le discours devenu
dominant, le discours de l’Occident avec sa plastique propre : ses films,
ses héros ayant valeur de modèle de moralité, comportements-types
par-lesquels accéder à plus d’être, plus de pouvoir de séduction… et sa
leçon de métaphysique : rien n’existe au-delà de l’image. L’Être, c’est le
phénomène. Le non-être n’existe pas puisqu’on ne peut pas le voir (Saint Thomas
l’Empiriste père du protestantisme père de l’économie de marché mère du monde devenu
tout puissant de la finance), et l’invisible, et l’indicible, avec lui. Le
pouvoir de la séduction (le jeu unique du paraître) est entré dans ses œuvres
pour les siècles à venir et pour plaire aux filles il faut ressembler de prêt
ou de loin aux chimères dont l’industrie cinématographique nous inonde, et se
soumettre sans restriction aux jeux de l’imitation pour se trouver quelques
traits de consubstantialité manifeste avec Charles Bronson (jeune) ou Alain
Delon (jeune), au risque de n’exister qu’au rabais, c’est-à-dire ne pas exister, aux yeux des autres, et
par eux à nos propres yeux… le risque encouru, pour celui qui ne joue pas le
jeu en se retirant des exigences du siècle étant réellement de devenir moins que rien, une ombre d’homme parmi
les hommes, un fragment d’insignifiance sur le grand marché des échanges de
fluides corporels. Face à cela, l’obnubilation des esprits par les
marchandises du stylistiquement qui en
jette, comme en jettent les grosses bagnoles sur les petits-monsieur et les filles qui tiennent absolument à monter dedans,
« un colt, promesse de soleils à venir », comme disait René Char, un
colt moulé dans la substance délétère des mots, un colt aux dimensions ridicules
de la littérature dont le 7ème art annonce depuis près d’un siècle la
disparition, comme il annonce (espace d’immédiateté sans restes où la réflexion
peut toujours tenter de s’immiscer pourvu qu’elle soit munie d’un casque et
d’un protège-dents) l’impossibilité d’un espace critique de retrait en raison
de son extraordinaire pouvoir de captation des esprits au seul règne de l’image,
reine de ce monde, comme jadis Maya sur les contreforts de l’inconscient (enfoui
au cœur de la jungle, quelque part au Nord du Tonle Sap, et largement piétiné par notre pilleur national et futur ministre des Affaires Culturelles, l'illuminé Malraux).
Dans
cette nouvelle, Communiquer, disent-ils,
l’Agora, ce lieu où les anciens grecs venaient débattre de ce qui est et de ce
qui n’est pas, régler leurs comptes, avancer leurs droits, inventer de
nouvelles formes de gouvernements capables de sortir les homonculus sapiensis de leurs grottes comme une effusion solaire au
cœur d’un monde de glace, un espace où la pensée (toute étouffante soit-elle
devenue) prenait des allures de liberté, ce haut-lieu de l’intelligence
triomphante et des arts-nouveaux (épopées, tragédies, mêlant les affaires humaines
à celles supposées des dieux…) s’est depuis fait supplanter par Hollywood,
nouveau centre névralgique de notre Occident rayonnant dont les productions occupent
toutes les discussions (toute la pensée) en faisant table rase de ce qui
jusqu’ici en avait pourtant fait une source d’illumination. Alchimie du Capital dont il
faudra bien un jour cartographier les naissances
latentes, les effets insidieux capables d’affecter jusqu’à ce qui, de
l’homme, fait pourtant l’essence : le langage, réduit au spectre de ce
qui est utile à l’économie de marché, réservé à l’unique logique des
échanges : la communication (comme
solution finale à toutes les aspirations historiques de la Commune certainement).
Poésie, pour peu que tu veuilles survivre : cache-toi ! Il est interdit
(l’autocensure du paraître ridicule y suffit) de mettre aujourd’hui notre
langue au service des rêves, par essence séditieux, qui sont comme autant de pollutions nocturnes
jetées dans le grand flux irrépressible du progrès : l’affadissement des
esprits mis au service d’une meilleure circulation des énergies consummivores,
l’absorption forcenée des nourritures spirituelles conventionnées, qui sont
comme les métaux conducteurs du désir attisant (multipliant) tous les ressorts
du conatus essendi, l'aspiration
stupide à plus d’être (Bouddha,
sauve-nous !), l'Être depuis l'avènement d'Hollywood étant coefficienté au pouvoir de séduction, en se pliant au monde des effets de surfaces et son
intarissable babil.
C’est
là, il nous semble, l’un des points saillants de cette première nouvelle. L’insatisfait, qui y a nom Vanna, lui
qui rêve splendeur et gloire perdues du royaume khmer dans une avalanche de
visions fantasmatiques, et à qui le sexe féminin reproche de ne pas assez
communiquer, comme s’il s’agissait là des prémisses nécessaires à la fornication,
consent un moment de jouer le jeu pour apprendre le babil générationnel, et
avoir ne serait-ce qu’une chance de baiser.
Sur l’invitation, et l’incitation, de sa collègue de bureau, Sary, sur laquelle
ont cristallisés pour Vanna tous les cui-cui piailleurs du Désir, celui-ci
part donc avec trois autres personnes vers Kep, une station balnéaire construite par
les Français depuis Phnom Penh, moment de lecture jouissive où l’on assiste,
comme Vanna y assiste, à une diarrhée verbale dans laquelle les occupants de la
404 se perdent (la discussion partant littéralement dans tous les sens), et
dont ils jouissent au point d’avoir les lèvres humectées de bave, comme au
terme d’une crise d’épilepsie. Ce moment d’abandon, de partouze verbale lors du
trajet évoque tout à la fois un mouvement de masse (irréfléchi, soumis à la
mécanique d’une puissance dépassant de loin les individus qui n’en sont que les
véhicules insignifiants, parlant pour parler, dans une sorte de gratuité
amnésiante) qu’un rituel de passage par lequel chacun, comme individu justement,
trouve à exister au sein d’une communauté (en jouant le jeu que réclame la
communauté pour exister : communiquer,
et n’exister alors que par l’être
ensemble tout puissant). Sorte de communisme logorrhéique dans lequel
l’idée même de solitude aurait non seulement été proscrite, mais aurait
complètement disparue. Imaginons seulement que ce monde soit devenu le nôtre,
et que ce ne sont pas les Communistes autoproclamés de tous les pays qui en
aient trouvé la clef (rendre la solitude impossible, en planquant des micros
partout), mais le Capitalisme effréné armé de tous ses progrès technologiques,
notamment en matière de communication
érigée à titre d’impératif catégorique. Pas très baisant, si la liberté est
bien ce pouvoir de repli en-deçà des exigences du siècle. L’avantage avec les
micros planqués sous le matelas, contrairement à ceux qu’on se colle soi-même
devant la bouche d’un bout à l’autre du globe, c’est qu’on avait encore la
possibilité de se taire et, les mains callées derrière la nuque, du temps pour se
poser des questions sur l’existence ou non de plafond. Ici, se taire n’est pas
possible (à moins de consentir à sa propre exclusion et se voire botter en touche, très loin de ce qui fait de l'homme sa définition).
De
ce passage jouissif dans lequel on reconnaîtra l’une des innombrables
situations où l’on s’est soi-même trouvé un jour où l’autre, contraint par la
force invisible du désir de chercher à plaire à nos semblables, si ennuyeux
soient-ils, se dégage un sentiment double nous renseignant sur la duplicité du
réel – le grand micmac du ying-yang – impliquée par l’exigence de
communication : tout à la fois puissance liante, dans laquelle les
individus trouvent à exister (socialement), que dissolution des individualités
dans le grand tout communicationnel (sorte de Nirvana post-moderne). Tout cela,
comme l’ontologie en jeu dans l’enseignement bouddhique, reposant sur une
économie du néant. À parler pour parler, comme le font les occupants de la 404,
le principe même de toute communication semble n’être qu’une surenchère du vide
sur le vide, une étrange économie de l’échange verbal donc, fondée sur la
gratuité du dire, le parler pour parler qui, pour un regard pétri d’ironie –
pénétré du regard qui tue porté sur le
monde des vivants – n’est rien d’autre que la manifestation de la vanité
essentielle de l’être et de l’existence, du monde et des individus.
Le
babil contemporain, la communication pour la communication, cet art de combler
le vide par du vide, l’angoisse du néant et les profondeurs mortifiantes de la
mélancolie par des effets de surface, comble
également (au sens de la satisfaction) l’insouciance structurelle de nos
sociétés de consommation à l’égard des questions essentielles, les gouffres métaphysiques par du temps perdu (en babils), de la
distraction plutôt que de la dissertation donc, et celui qui n’en est pas
capable, celui qui ne sait pas parler
pour parler (damnation !) ne peut accéder à l’être en intégrant comme
son réquisit ontologique la communauté des semblables, celle des communiquants. Vanna rêvant grandeur
passée du royaume khmer – qu'on ne s'y trompe pas, ce rêve est de portée politique, le levier de
mécanismes énergétiques capables de faire entrer un peuple en résistance face
au colonisateur culturel en cristallisant les énergies en jeu – se trouve
infiniment seul, isolé au milieu de ses semblables absorbés par les productions
lobotomisantes occidentales tel un albatros incompréhensible. Même quand il se
met à parler personne ne l’entend… Son rêve est incommunicable (son peuple ne
se soulèvera jamais). Le monde est pour lui comme une oreille sans tympans.
Mais, pire peut-être que de ne pas exister aux yeux des autres, celui qui ne
sait pas se perdre en babils reste sans pouvoir, sans remède, face aux puissances mortifiantes qui l’habitent dont seule
la superficialité semble être en mesure de sublimer (ou d’amnésier) les effets.
Vertu critique mais non rédemptrice de l’ironie donc (Socrate en est mort), qui
plonge celui qui en use de manière instinctive en crise sans que ne croisse aussi
pour lui ce qui sauve. Parler pour lui ne sert à rien. Parler pour parler ne
sert doublement à rien. Heureux les communiquants et les simples d’esprit.
Maintenant,
la gratuité du dire n’est pas neutre. Elle a besoin de substance, de nourritures,
et cette substance, dont se nourrissent les protagonistes dans cette nouvelle,
ce sont les films américains et français d’inspiration hollywoodienne, sortes d’instruments
de propagande culturelle jetés dans le monde pour que les hommes et les femmes
aient de quoi parler (combler le vide intrinsèque au fait même d'exister). Parler… échanger plutôt, dans le vide, s'imposant presque comme un principe de survie auquel on ne peut que répondre, une sorte de dogme auquel les âmes souscrivent d’une manière
beaucoup plus insidieuse qu'aux ballauderies des régimes communistes
(que tout le monde répète mais auxquelles personne ne croit), puisqu'elles possèdent une
réelle efficace ontologique, celle de créer du désir. En livrant en terre d’Indochine, grâce au cinéma,
le prêt à porter stylistique et moral de l’Européen qui, imité, confère aux
jeunes gens plus de pouvoir d’attraction, de sexappeal (plus d'être), le Capital permet cette libre circulation de la libido
par contagion d’espaces culturellement étrangers à sa source endémique.
L’impérialisme n’a dès lors plus besoin d’envoyer ses missionnaires aux quatre
du monde, le monde est venu jusqu’à lui. Les protagonistes, à
l’exception de l’albatros qu’est Vanna, sont d’ailleurs tellement imbibés de ces
références occidentales qu’ils semblent ignorer celles qui fondent l’unité de
leur propre pays (leur identité fabuleuse). Seule une allusion à une pratique
culturelle khmère, mettant en scène une parade amoureuse sous forme de joute
poétique, est tournée par celui qui en parle en ridicule, et n’y voit qu’une
expression grotesque, au contraire des films occidentaux dont il admire les
acteurs et le style. Nulle place en lui, comme pour les autres occupants de la 404,
pour les mythiques guerriers khmers couvrant à dos d'éléphants l’immensité du ciel au sortir des
temples d’Angkor, remplacés depuis peu, mais pour très longtemps sûrement, par
tout un tas de branleurs narcissiques couvrant l’immensité de la toile jusqu’en
leurs moindres pensées polluées par une armada de spectres auxquels chacun
voudrait, de prêt ou de loin, ressembler, comme si leur image, absorbée,
conférait un plus d’être, répondait immédiatement à la logique exponentielle de la Volonté de Puissance captée par les charmes de leurs miroitements. La Paramount aura au moins réussi à faire de la grotte de
Platon une immense salle de projection.
Ne
dire que du convenu donc, du communicable, du qui brille, qui a du style (répond aux canons obsessionnels de l'époque), du qui en jette plein les yeux aux filles
comme tous ces beaux acteurs et ces grosses bagnoles de l’American Way of Life universalisée (prémisse d’orgasmes
extatiques à venir). C’est là, d’ailleurs, l’une des exigences du capitalisme contemporain :
que la parole ne soit plus elle-même qu’une valeur d’échange conforme à l'esprit qui est le sien: faciliter les échanges pour accroître le Capital, qui ne vit qu'à circuler, comme tout autre
produit côté en bourse, sperme et salive compris, et non le véhicule d’idées
réfractaires à son expansion infinie. Qu’elle soit, en elle-même, vide,
insignifiante, peu importe donc (et même tant mieux) son utilité est ailleurs : dans les liens
que créent les échanges verbaux, dans la circulation des énergies, grandes consommatrices de charbon et d'acier. Face à cela,
cette exigence de la parole convenue, échangeable, et non celle qui souffre au
contact de l’indicible (ce qu’il ne faut pas dire, taire, au risque de
s’attirer les foudres de la communauté des communiquants),
la conscience malheureuse est sans rémission possible. L’indicible doit être
tue, l’invisible dont parle (rêve) Vanna, rester invisible, car incommunicable,
étranger à tout phénomène d’empathie de la part de ses semblables, aliénés serviteurs
involontaires de l’envahisseur porté aux nues depuis que l’horizon du Désir s’est
réduit aux dimensions d’un écran de cinéma et que posséder une Mercédès est devenu
le comble de la frime (la quintessence de l'homme réalisé). Le royaume d’Angkor, pour ne plus occuper les cerveaux
et rayonner en eux comme le souvenir d’une identité fabuleuse (à reconquérir), semble
à jamais perdu. Hollywood est la clef de cette mystérieuse disparition.
Mais voici qu’apparaît à Vanna, tandis qu’il se prélasse sur la plage de Kep en compagnie de Sary, de quoi parler pour parler dans le ciel et réussir son intronisation au sein du cercle des gnostiques : un avion de chasse, tel un Hermès des temps moderne, une épiphanie. L’occasion est trop belle (et l’idée lumineuse), Vanna, jusqu'ici privé de ce don d'éloquence propre aux communiquants, se met à parler avions à réaction et ce qu’il désire lui arrive : Sary lui sourit d’une manière qui en dit long – de toute évidence les effets de surfaces sont les vecteurs de pulsions libidinales, leur moyen de communication, la plaque tournante du Désir (de l'Être) – telle semble être la clef du monde dont Vanna a la révélation: lui aussi, comme tous les communiquants, pour peu qu’il fasse taire ses rêves, va pouvoir niquer.
Mais voici qu’apparaît à Vanna, tandis qu’il se prélasse sur la plage de Kep en compagnie de Sary, de quoi parler pour parler dans le ciel et réussir son intronisation au sein du cercle des gnostiques : un avion de chasse, tel un Hermès des temps moderne, une épiphanie. L’occasion est trop belle (et l’idée lumineuse), Vanna, jusqu'ici privé de ce don d'éloquence propre aux communiquants, se met à parler avions à réaction et ce qu’il désire lui arrive : Sary lui sourit d’une manière qui en dit long – de toute évidence les effets de surfaces sont les vecteurs de pulsions libidinales, leur moyen de communication, la plaque tournante du Désir (de l'Être) – telle semble être la clef du monde dont Vanna a la révélation: lui aussi, comme tous les communiquants, pour peu qu’il fasse taire ses rêves, va pouvoir niquer.
mardi 14 novembre 2017
UN CAMBODGIEN SUR L’AGORA (1)
À propos de Génial et Génital. Soth
Polin. Ed. Le Grand OS. Trad. Christophe Macquet.
Voici
que nous vient, comme d’une lointaine nuit peuplée d’arcanes étrangères à nos
modes de penser (d’être) occidentaux, une voix singulière forgée dans la
matrice de visions singulières – guerriers, joyaux et animaux tout droit sortis
de l’antique royaume d’Angkor minent le visible de l’intérieur pour en rendre
la vacuité des effets de surface (en lesquels nous nous débattons au contact de
nos semblables), encore plus désuète et insupportable. Ces visions endémiques
au mythe khmer sont certainement l’émanation sensible d’un idiôme qui, traduit,
force notre propre langue du dedans comme on écarterait des mains les intestins
de notre langue maternelle pour y introduire les interstices nécessaires à la
respiration… comme si notre propre langue, qui est tout notre esprit et toute
notre manière de voir, devenue depuis longtemps irrespirable, saturée du
dedans, incapable de véhiculer de l’incommunicable (surcartésiennisée) trouvait
dans sa confrontation à cette autre langue un second souffle, un supplément
d’âme, un autre espace où puiser la puissance irradiante des mots et tout ce qu’ils
véhiculent d’énergies. Peut-être est-ce là la vision singulière que nous nous
faisons du voyage (de l’exile) qu’accomplît Christophe Macquet vers cette terre
du Cambodge, lourd de toutes ses obsessions linguistiques, comme on
trimballerait un trésor, et hanté à jamais après s’être inoculé tous
les poisons d’une langue forgée dans d’autres métaux que ceux avec lesquels
nous avons équarri la nôtre. Disséminant de la limaille khmer dans le clafouti
franchouillard et redoublant, par sa traduction, et ce style qui lui est si
propre, le registre génital des émotions, il nous offre la possibilité de
sentir, avant même de comprendre derrière le français qui nous rend cette voix
lisible, ce que c’est que parler
fruit-fleur, ce que c’est aussi que sentir, sous la langue parlée, tout le
pulsionnel libidinal où s’enchevêtre le ying-yang érotico-thanatologique comme
pour nous introduire à l’indistinction originelle du plaisir et de la
souffrance. Ainsi soit-il des plaisirs liés aux usages de l’ironie qui traverse
comme un câble électrique l’ensemble des nouvelles de Soth Polin réunies sous
le titre évocateur de Génial et Génital –
l’extase, l’émerveillement, ce qui nous pousse à crier au génie nous venant
sans nul doute des couilles, qu’on en ait ou pas puisque sperme et cyprine, si
nous avons bien compris, sont désignés en khmer par un seul et même mot : eau du désir. De fait il y a du trouble
jeté par cette langue dans nos catégories de pensées par
lesquelles chaque chose se définit selon son espèce et son genre par rapport à
ce qu’elle n’est pas. Indéniable présence donc, en ce recueil, de la Syzygie (l’être
primordial indifférencié selon le sexe) par-delà, ou plutôt en deçà du
sacro-saint principe Aristotélicien de non-contradiction contraignant jusqu’au
supplice du sarcophage notre logosphère. « L’Être est, le Non-Être n’est pas. Tu ne feras pas que le non-être
soit. » (Parménide, père de notre Occident). À quoi un autre vieux
fou, (Lao-tseu), plus proche en esprit des ruines d’Angkor pourrait
répondre : « Non-être et Être
sortant d’un fond unique ne se différencient que par leurs noms. ».
Ruines nominalistes contre ruines ontologiques. Angkor jette une ombre sur
l’Agora.
L’ironie
donc, cette tournure d’esprit qui voile sous les parures du rire d’amertume les
puissances à l’œuvre de la mélancolie – la nostalgie d’un âge d’or, ressort de
toute conscience malheureuse, nourrissant viscéralement la distance critique du
mélancolique vis-à-vis de toute contemporanéité – se fout des catégories comme
des contraires, jusqu’à trouver dans la douleur et l’apitoiement une source
inouïe de plaisir où se régénèrent les batteries du conatus essendi. C’est
qu’elle est en elle-même duplice, à double face, source tout autant libératrice du monde dont elle fait son
objet (le tournant, comme animé d’une pulsion sadique, en ridicule, elle le
tient à distance, comme l’usage du poing gauche chez un boxeur droitier son
adversaire), que mortifiante :
entraînant celui qui en fait usage dans un état d’insatisfaction perpétuelle,
non seulement à l’égard du monde tel qu’il est, dont il ne pourra jamais se
repaître, qu’à l’égard de lui-même dans son incapacité à changer le monde dont
il ne peut finalement que rire (c’est là toute sa force…) et non modifier
l’essence (et toute son impuissance). Force
des faibles ou faiblesse tout court, voire baroud d’honneur de l’éternel
perdant faisant de son infirmité, la résignation, le point
saillant de toutes les formes de sagesse : mourir au monde commence par
mourir à soi-même. Accélérons dès lors en nous la puissance du seigneur
Thanatos (rions), qui l’emporte à tous les coups, et emportons ce qui nous
insupporte (le monde tel qu’il est) dans notre chute.
Consciencieux clairvoyant, l’ironique pour lequel toute chose se donne également comme vide, Maya hante chacune de ses pupilles qu’il retourne en lui-même et, dans cette vision toute intérieure d’où l’eau jaillit du sommet des montagnes et s’écrase dans des éclaboussements de lumière, comme dans un paradis perdu traversé par le cri déchirant d’animaux nocturnes, s’élève le sentiment que quelque chose manque à ce monde auquel nous ne sommes pas vraiment. Quelque chose qui nous précède, nous dépasse, et qui pourtant nous habite – apanage des poètes et des fous – quelque chose qui n’existe plus mais que nous sommes, ou, à défaut d’être, nous définit. Une identité fabuleuse, relative à la vision d’un Hors-Temps dont le monde porte cependant la trace (Angkor), comme si le temps des mythes, un court instant, avait trouvé le moyen de s’extérioriser et s’offrait alors dans toute sa splendeur rayonnante à travers ce qu’il reste de tripotable par les archéologues – l’invisible de ce qui n’est plus mais a toujours été, rendu visible par l’architecture primitive, sorte de manuel matérialisé de traduction spontanée des forces dépassant depuis toujours les individus et les civilisations dont ils sont le produit : l’énergie qui traverse les vivants et les mondes qu’ils construisent, tout autant que la langue qu’ils habitent. Maya les engendre depuis la nuit.
Consciencieux clairvoyant, l’ironique pour lequel toute chose se donne également comme vide, Maya hante chacune de ses pupilles qu’il retourne en lui-même et, dans cette vision toute intérieure d’où l’eau jaillit du sommet des montagnes et s’écrase dans des éclaboussements de lumière, comme dans un paradis perdu traversé par le cri déchirant d’animaux nocturnes, s’élève le sentiment que quelque chose manque à ce monde auquel nous ne sommes pas vraiment. Quelque chose qui nous précède, nous dépasse, et qui pourtant nous habite – apanage des poètes et des fous – quelque chose qui n’existe plus mais que nous sommes, ou, à défaut d’être, nous définit. Une identité fabuleuse, relative à la vision d’un Hors-Temps dont le monde porte cependant la trace (Angkor), comme si le temps des mythes, un court instant, avait trouvé le moyen de s’extérioriser et s’offrait alors dans toute sa splendeur rayonnante à travers ce qu’il reste de tripotable par les archéologues – l’invisible de ce qui n’est plus mais a toujours été, rendu visible par l’architecture primitive, sorte de manuel matérialisé de traduction spontanée des forces dépassant depuis toujours les individus et les civilisations dont ils sont le produit : l’énergie qui traverse les vivants et les mondes qu’ils construisent, tout autant que la langue qu’ils habitent. Maya les engendre depuis la nuit.
Les
ruines d’Angkor (parce qu’elles ne sont plus que des ruines) sont donc le signe d’une
évidence : quelque chose a existé,
un état perdu de l’humanité khmer peuplé de danseuses endémiques et de singes
déambulant parmi les temples aux ogives captant la lumière d’un ciel d’où
semble rayonner le vide, et les êtres en jaillir spontanément comme de multiples
irradiations frauduleuses de la matière se parant de multiples couleurs (il
suffit de s’y promener) à la manière de ces visages de pierre du Bayon dont l'énormité semble pouvoir écraser jusqu'au ressacs les plus enfouis de l'inconscient, le tout dans le miroitement d’un rêve digne du Grand
Meaulne navigant entre les tentures orangées des couloirs d’un château qui n’a
jamais existé à la recherche d’un amour qui n’existe plus… Signe terrestre
d’une vie perdue depuis trop longtemps et qu’il serait donc fou de chercher à
reconquérir, mais dont on ne peut (dont certains
illuminés ne peuvent) s’empêcher de vouloir revivre, comme une intensité vécue
diminuée à quatre-vingt-quinze pourcents, devenue sotte et pâle, un souvenir
d’enfance lumineux amputé par l’apparition des premiers poils pubiens ou
quelque chose d’aussi grotesque et envahissant (colonisant) que la sexualité. Comme
dans le deuil mélancolique tel que Freud le décrit, le chasseur, désirant
retrouver l’objet disparu, devient lui-même la proie de son propre désir (la
proie des ombres). Ainsi l’ironie dévore-t-elle du dedans l’insatisfait et le
jette en pâture aux affres psychosomatiques de la mélancolie, eau trouble en
laquelle les chimères sont aussi puissantes à faire sentir le mal que des lames
de couteau, mais toutes, par une sorte de magie très retorse, porteuses des
puissances désastreuses du rire qu’on étouffe avec l'émergence des premiers symptômes d'une dépression clinique (faute d’être capable de nous
élever à hauteur de notre
propre néant et nous laisser sombrer dans le gouffre métaphysique qui s'ouvre alors à nous, le rire qui peine à éclater est comme l'ultime crampe qui nous rattache à l'Être, alors même qu'il le tient à distance et annonce l'irréversible imminence de sa négation: il éclatera un jour, emportant tout sur son passage), elles travaillent de l’intérieur à entretenir en ce double sens du rire-mélancolique les braises d’un désastre
que l’on sait imminent : Parménide a toujours eu tort, les Occidentaux
sont les fossoyeurs du vide et, avec lui, de la quiétude, de la vie heureuse,
de la paix entre les peuples, et de l’interruption possible de l’éternel retour
du même : la misère et la mort. Un monde s’écroule – le nôtre – à mesure que
nous découvrons (un vague sourire coincé entre deux muscles) un autre continent de pensée : il est
désormais possible que le non-être soit. La preuve : ce qui a été de l’être reste visible mais n’existe
plus, Angkor, et toujours. C’est de cette dimension-là, où le vide côtoie l’existence
(se donne dans le même temps, comme la gloire perdue du royaume à travers la
persistance de ses ruines), depuis ce prisme à travers
lequel le blanc devient tout autant la source de la couleur noire que son émanation
contraire que découle la vue qui tue
portée sur le monde des vivants. Vacuité de nos contemporains, qui est
aussi, puisque nous en sommes, la nôtre.
L’ironique, dont le sadisme intellectuel est universellement reconnu, devenu par la force des choses – les lois retorses de la psyché par lesquelles tout est en même temps son propre contraire, ou du moins est prompte à le devenir – sa propre cible, se masochismise, et trouve son plaisir dans l’humiliation. La fable, le fabuleux de la fable, se transforme en farce. Les guerriers de l’empire khmer au faîte de sa gloire et de sa puissance en pauvres types. Le rire s’élève, discret, ténu, à peine un sourire, jaune boue, par-dessus les cendres fumantes de la désolation, et le cri déchirant des animaux du paradis perdu ne sont plus que des insultes à l’égard des illusions perdues dont l’auteur est devenu le gardien ridicule. Ce qui en fait un sage certainement, au sens taoïste du terme, fort de ses facultés de résignation et son goût inné pour la mornitude : « tout ce qui émane du Tao est monotone et sans saveur ». Gardien des vacuités, de la morne existence… de fait chauffeur de taxi vivant sans moyens de communication dans le cagibi sans lumière d’un commerce désuet de Californie. Face à l’absurdité, au vide consubstantiel de l’existence, ne reste plus qu’à jouir sous toutes les formes que peut prendre l’informité originelle du plaisir en attendant la fin (et certainement qu’écrire est l’une de ses formes), le plaisir consistant sans doute à faire varier les formes du plaisir dont certaines, on peut toujours rêver, seraient encore à inventer, ou découvrir. Et c’est bien à une découverte que nous avons affaire ici. Celle d’un style, et d’une ontologie (très non-occidentale) du mépris de soi comme accès au sentiment d’exister, l’illumination de la plénitude d’être en n’étant soi-même (moins que) rien. « Atteins à la suprême vacuité et maintiens-toi en quiétude devant l’agitation fourmillantes des êtres... ». Porter les valises de sa femme jusqu’au taxi, alors même qu’elle vient de nous annoncer qu’elle nous quittait pour un autre, et trouver là (dans cette violence de la négation subie de plein fouet) une ultime forme d’équilibre et de satisfaction : fantasque aspiration subliminale ou décomposition, en profondeur, du conatus essendi ?
L’ironique, dont le sadisme intellectuel est universellement reconnu, devenu par la force des choses – les lois retorses de la psyché par lesquelles tout est en même temps son propre contraire, ou du moins est prompte à le devenir – sa propre cible, se masochismise, et trouve son plaisir dans l’humiliation. La fable, le fabuleux de la fable, se transforme en farce. Les guerriers de l’empire khmer au faîte de sa gloire et de sa puissance en pauvres types. Le rire s’élève, discret, ténu, à peine un sourire, jaune boue, par-dessus les cendres fumantes de la désolation, et le cri déchirant des animaux du paradis perdu ne sont plus que des insultes à l’égard des illusions perdues dont l’auteur est devenu le gardien ridicule. Ce qui en fait un sage certainement, au sens taoïste du terme, fort de ses facultés de résignation et son goût inné pour la mornitude : « tout ce qui émane du Tao est monotone et sans saveur ». Gardien des vacuités, de la morne existence… de fait chauffeur de taxi vivant sans moyens de communication dans le cagibi sans lumière d’un commerce désuet de Californie. Face à l’absurdité, au vide consubstantiel de l’existence, ne reste plus qu’à jouir sous toutes les formes que peut prendre l’informité originelle du plaisir en attendant la fin (et certainement qu’écrire est l’une de ses formes), le plaisir consistant sans doute à faire varier les formes du plaisir dont certaines, on peut toujours rêver, seraient encore à inventer, ou découvrir. Et c’est bien à une découverte que nous avons affaire ici. Celle d’un style, et d’une ontologie (très non-occidentale) du mépris de soi comme accès au sentiment d’exister, l’illumination de la plénitude d’être en n’étant soi-même (moins que) rien. « Atteins à la suprême vacuité et maintiens-toi en quiétude devant l’agitation fourmillantes des êtres... ». Porter les valises de sa femme jusqu’au taxi, alors même qu’elle vient de nous annoncer qu’elle nous quittait pour un autre, et trouver là (dans cette violence de la négation subie de plein fouet) une ultime forme d’équilibre et de satisfaction : fantasque aspiration subliminale ou décomposition, en profondeur, du conatus essendi ?
(à suivre)
mercredi 8 février 2017
mercredi 30 novembre 2016
ANA TOT ET LE MINOTAURE
Où commence
dans une œuvre l’instant où les mots deviennent plus forts que leur sens ?
Quand la prose d’Ana Tot, et sa mécanique retorse imposée au logos dans toute l’étendue du sens que
les grecs de l'antiquité conféraient à ce mot, à la fois langage et raison, perd-elle
son nom de prose ? Chaque phrase ne se laisse-t-elle pas comprendre ?
Chaque suite de phrases n’est-elle pas logique ? Les mots ne disent-ils
pas ce qu’ils veulent dire (littéralement dans tous les sens du terme
comme disait Rimbaud) ? A quel instant, dans ce dédale aux murs maçonnés
de mots clairs le sens s’est-il égaré ? A quel nouveau dictionnaire (nouveau
territoire du sens) Ana Tot contraint-elle les noms de s’expatrier ? A
quel embranchement, quel détour, le raisonnement le plus circonspect
s’aperçoit-il qu’il a cessé de suivre le fil censé lui assurer la possibilité
de faire marche arrière pour revenir à lui-même (hors du labyrinthe), fort de
toutes ses certitudes passées ? Ce fil, perdu, fût-il retrouvé ne serait à
coup sûr plus le même, et l’auteur de cette prose vissée sur le noyau vide du
sens depuis lequel sa prose rayonne, et en lequel il nous perd, ne s’étonne
même plus qu’un autre, en lui-même, a pris sa place au cœur du labyrinthe, et
que le miroir en lequel son identité (ses mots) se reflète, n’est qu’un miroir
déformant.
Le monde que
déploie le langage ordinaire – celui qu’institua Richelieu sous le nom de
langue française en réduisant au silence la multiplicité des patois polluant l’unité
du royaume de France – le monde auquel nous donne accès le langage académisé par
le prisme duquel s’organise le visible, qui formate nos sens en ne leur rendant
sensible que ce qu’en permet la logique insidieuse distillée par l’étroitesse
de ses catégories – le monde auquel donne naissance notre langue commune, aseptisée,
défaite de ses puissances de dissension en lui refusant le polymorphisme
dont elle est pourtant née – le monde réduit à ce que peut en dire cette langue
toute entière orientée vers la communication claire, sans ambiguïté, consignée
une fois pour toute et pour tout le monde dans un dictionnaire (bible des rois)
n’est-il pas le refoulement, en la réduisant elle aussi au silence, de cette
puissance dont est capable le langage poétique, sa manière de défier le sens
commun en soumettant à rude épreuve la dureté de ses signifiants, les malaxant,
les pressant sur eux-mêmes jusqu’à ce qu’en gicle tout le jus et, avec lui, la
multiplicité des signifiés qu’ils retenaient captifs, étouffant conjointement aux
sens possibles nos possibilités humaines – nos manières de
voir autrement ? Les chats sont des chats ne sont plus des chats. Tout
ceci n’a rien d’un jeu sur les mots, cette prose, sous ses couverts de logique
dévoyée dont certains se repaissent comme des larves de leurs propres
sécrétions : les mots d’esprits, est cruelle. C’est une guerre, menée à la
langue, dans la langue, depuis sa croûte même, sa partie émergée, capable de
retourner les mots contre eux-mêmes, et les certitudes qu’ils véhiculent (les
nôtres) de se voir alors offertes avec les sept jeunes filles et les sept
jeunes garçons servis en repas au Minotaure, gardien des
puissances souterraines capables de faire craquer le noyau dur de nos
représentations les mieux établies, et qui, malgré son enfermement, menace
toujours de s’abattre sur le bel ordonnancement du monde sublunaire et le logos
qui lui sied. Les chats ne sont plus des chats sont des chats. Cruel mais aussi
politique : une interruption dans la circularité totalitaire du signifiant
et du signifié. Nous voici minautorisés,
le monstrueux de la langue, son polymorphisme originel (polysémisme pervers) placé au centre
de notre édifice de pensées aux murs maçonnés de mots clairs pointe ses cornes
à chaque phrase. Le refoulé de la langue transparaît, travaillant celle-ci du
dedans, bras énormes et mufle de taureau placé dans une boîte de Schrödinger
nous meuglant je suis là et je ne suis
pas là. N’en déplaise à Parménide et son disciple Zénon : l’être n’est
pas seulement ce qu’il est. Ana Tot est un monstre. Nous sommes bons pour la
manducation.
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