mercredi 22 avril 2020

112 APOCALYPSES (65) Zuyuan


KALEIDOSCOPE 6



Immersion au cœur du mouvement et du bruit la vie tout azimut dans toutes les directions possibles et le risque de mourir à chaque pas au milieu de poulets plumés et d’odeurs d’œufs pourris Phnom Penh aux neuf-cents pagodes d’or couvertes de fientes de pigeon énigmatiques sous une incroyable lumière écrasant tout au sol tel un Nirvana jeté dans la poussière avec amputation à chaque coin de rue. Hôtel Tokyo (l’Acropole miteuse), Chicago, chambre 1523 (et des cafards). Couchés par-dessus les couvertures dans la position du mort, Tout – les sensations les émotions et les troubles emmagasinés au contact de cette ville défilait à la vitesse d’un pur flux projeté sur la toile psychique à travers la fenêtre depuis l’avenir tendu comme un biceps par-dessus l’horizon. Au réveil – les paupières aussi pâteuses que du sang – des grésillements d’origine magnétique illocalisables se transformaient au contact des murs en une ligne mobile et dysharmonique d’acouphènes phosphorescents.



lundi 13 avril 2020

KALEIDOSCOPE (4)




Des grappes d’enfants courent les pieds brûlés par le sable d’une plage tunisienne vers une cible qui doit leur rester invisible (l’Europe), en l’absence de palmiers le soleil décoche et frappe immanquablement. Au passage d’une seule ombre (une Érinyes, un vautour ?) ils disparaissent sans un cri de la surface du globe, glissant vers ces espaces où seul semble régner le sans-nom. Catatonie dans l’apesanteur rythmique de l’anti-capitale asiatique – Vientiane l’endormie, percluse du sommeil de Dieu dans un infini dimanche aux odeurs d’encens et de vase remontant du Mékong – fossile colonial à peine traversé par quelques véhicules motorisés sous la coupole de Non-Matière qui lui sert de ciel : léthargique vacuum.




mercredi 5 février 2020

112 APOCALYPSES (n°53) Danse du Singe (Kwazulu Natal)




KALEIDOSCOPE (3)


Une maison des cités ouvrières à l’abandon, à l’écart de toute ville connue. Au milieu d’une trentaine de portraits peints par Modigliani des traces d’anciens squatteurs parcourent les murs du rez-de-chaussée sous forme de graffitis à la craie rouge. Diverses positions de coït y déclinent une version incomplète du kamasoutra dans des traits grossièrement bâclés dont seules les parties génitales semblent avoir fait l’objet d’une réelle attention stylistique. Expo Duchamp à Beaubourg – son nu descendant l’escalier déambule dans les ruelles sous-éclairées que surplombe le château de Prague (particulièrement énorme et sombre cette nuit-là). Le pavé luit après huit heures de bruine. Au loin et tout aussi luisante, passés les ponts, la Vltava parcourt un ensemble de paysages cinétiques à une vitesse proche de celle qu’on attribue habituellement à la lumière mais qui cette nuit – de toute évidence – n’est autre que celle de nos yeux.






mercredi 4 décembre 2019

THE BEAT DEGENERATION





Sur le Hors-Temps et la résistance par la littérature aux logiques dominantes.

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KALEIDOSCOPE 2



Alphabet City (New York, je dirai un jour tes naissances latentes…). Sur notre droite, au sortir d’une nuit blanche, un hôtel miteux échoué au cœur d’étendues désertes – autour de nous les buildings ont disparu : du sable, de la glace à perte de vue et des boules de feu énormes suspendues par des câbles d’acier au gris d’un ciel mat étrangement monochrome et dense (un ciel de ciment). L’une d’elles nous surplombe. Des masses magnétiques avec des effluves rouge-orangé pareilles à des éruptions solaires s’en dégagent. Leurs langues de dragon semblent descendre jusqu’à nous pour nous lécher le front. Nous venons d’entrer dans la pagode de l’Empereur de Jade, chaleur étouffante de Saigon imprégnée d’encens. Sous sa charpente danse une armée de personnages taoïstes et bouddhistes en papier mâché dont les ombres miraculeuses fulminent au sens chimique du terme parmi l’éclat démultiplié de quatre diamants. Sur notre gauche, l’un des généraux au service du Seigneur du Ciel, vainqueur d’un tigre blanc, l’écrase sous pieds tandis que Thanh Hoang, le maître des Enfers, sort de l’embouchure d’un long couloir en tirant son cheval rouge par les reines, les lèvres retroussées par-dessus ses dents menaçantes. Nous sommes bons pour la manducation.