mercredi 4 décembre 2019

THE BEAT DEGENERATION





Sur le Hors-Temps et la résistance par la littérature aux logiques dominantes.

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KALEIDOSCOPE 2


Alphabet City (New York, je dirai un jour tes naissances latentes…). Sur notre droite, au sortir d’une nuit blanche, un hôtel miteux échoué au cœur d’étendues désertes – autour de nous les buildings ont disparu – du sable, de la glace à perte de vue et quelque chose comme des boules de feu énormes suspendues par des câbles d’acier au gris d’un ciel mat étrangement monochrome et dense (un ciel de ciment). L’une d’elles nous surplombe. Des masses magnétiques avec des effluves rouge-orangé pareilles à des éruptions solaires s’en dégagent. Leurs langues semblent descendre jusqu’à nous pour nous lécher le front. Londres de nuit nous roulons sur la mauvaise voie (à la française) les lampadaires accrochent leurs ampoules couleur whisky le long d’un câble électrique poursuivis par deux sirènes de polices nous roulons de plus en plus vite les ampoules mises bout à bout forment une ligne orangée désormais poursuivis par trois sirènes de polices nous fonçons droit dans la gueule d’un tigre. Passés de l’autre côté d’un théâtre d’ombres chinoises nous contemplons le soleil de Platon transpercer de ses rayons le corps radiographié de marionnettistes fantômes. Insidieusement, la lumière se fait également en nous : nous allons passer le reste de nos jours en prison.


112 APOCALYPSES (n°13) Dunkerque


mercredi 27 novembre 2019

KALEIDOSCOPE (1)



Un château énorme et noir aux pierres couvertes d’humidité (épaisse, presque gluante) une Bastille lugubre trônant dans un Dublin mythique où se joue un étrange ballet : les corps mous de jeunes filles en habits étalés sur un plancher de chêne foncé font penser à un banc de poissons échoués sur la grève tentant sans conviction de prélever, dans ce décor sinistre, une ultime ration d’oxygène. Chose importante : il y a un metteur en scène, mais il n’existe pas de musique. En bas de l’hôtel Asclepios (Athènes) des ombres à formes humaines portent les flammes de l’Hadès chimérique dans leurs paumes. L’une d’elles nous offre ses mains au foyer desquelles nous allumons nos clopes. À la première bouffée conscients que d’une minute à l’autre tout le Visible s’enfoncerait derrière nous avec nos certitudes nous éprouvons depuis nos organes électrisés les morsures irradiantes de l’en-soi.

112 APOCALYPSES (n°12) Dunkerque